Affaire Malumalu : la Majorité désemparée

Le désaveu de l’abbé Apollinaire Malumalu par le Vatican et l’ensemble des princes de l’Eglise Catholique de la RDC réunis au sein de la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) ne devrait pas paraître, aux yeux de la Majorité au pouvoir, comme une simple saute d’humeur de ces porteurs de la soutane. Il s’agit d’un signal fort allant dans le sens de la désapprobation, par la hiérarchie de cette confession religieuse, de la manière cavalière dont la candidature de ce prêtre a été endossée par une « Société civile » dans laquelle elle ne se reconnaît pas.

            La réaction musclée de la CENCO contre le passage en force opéré par la Majorité au pouvoir dans le processus de désignation et d’investiture du précité comme président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a fortement secoué cette dernière, si l’on en juge par les plaidoyers développés ça et là pour tenter de faire croire à l’opinion que le ciel n’est pas tombé sur l’abbé Malumalu et que rien de grave ne pourrait lui arriver.

            Les observateurs pensent que le temps ne se prête pas à la banalisation de l’acte de désobéissance posé par ce prêtre qui a refusé de rester au service de l’Eglise Catholique Universelle, Africaine et Congolaise, en déclinant la charge lui confiée par le Saint-Siège, à savoir celle de Directeur Général de l’Institut Panafricain Cardinal Martino. Pourtant, la CENCO lui avait rappelé, en son temps, les instructions de l’Eglise Catholique interdisant à ses ecclésiastiques d’être membres d’associations ou institutions politiques. En acceptant d’être candidat membre du Bureau de la CENI et surtout en se faisant investir comme président de cette institution d’appui à la démocratie, sans l’     autorisation de l’Evêque de son diocèse, l’abbé Malumalu a fait outrage au Saint-Siège et à l’Eglise Catholique du Congo.

            La Majorité au pouvoir devrait examiner à fond toutes les facettes du front qu’elle vient d’ouvrir contre les prêtres, fidèles et Evêques de l’Eglise Catholique Universelle. La convocation de Mgr Melchisédech Sikuli, Evêque du Diocèse de Butembo au Vatican, toutes affaires cessantes, est à considérer comme un indice de la gravité du cas Malumalu. On se souvient que la CENCO lui a donné injonction d’appliquer, contre cet abbé « rebelle », les sanctions prévues par le Droit Canon.

Rupture du dialogue entre partenaires sociaux ?

            Ce qui fait tiquer les analystes politiques dans l’affaire Malumalu, c’est le manque total de transparence dans le processus de sélection de sa candidature par la sous-composante « Confessions religieuses », de son endossement par la Société Civile et de son dépôt au Bureau de l’Assemblée Nationale. Etait-ce difficile, de la part de ces fameuses « Confessions religieuses », d’engager le dialogue avec l’Eglise Catholique pour savoir si leur « candidat » avait reçu son quitus ? N’était-il pas possible, au niveau du Bureau de l’Assemblée Nationale, de se mettre à l’écoute de la CENCO, qui avait opposé son veto à toute désignation de ses ecclésiastiques au sein des institutions de la République ?

            La Majorité au pouvoir ne peut soutenir l’argumentaire de l’impossibilité de dialoguer avec les Catholiques, avec qui elle est en partenariat dans plusieurs secteurs sociaux de la République : écoles primaires et secondaires, hôpitaux, foyers sociaux, ateliers d’apprentissage des métiers, hospices des vieillards, orphelinats, bancarisation de la paie des enseignants,  etc.

            Pas plus tard que la semaine dernière, le gouvernement et la CENCO se sont retrouvés autour d’une même table pour élaguer les couacs qui ont commencé à perturber la paie des enseignants des provinces dans les territoires et secteurs dépourvus d’institutions financières. Il a finalement été décidé que la Caritas-Congo puisse suppléer au manque de banques et caisses d’épargne.

            Si la Majorité et les confessions religieuses, qui avaient ardemment besoin des services de l’abbé Malumalu pour la direction du Bureau de la CENI, avaient joué franc jeu en se mettant à l’écoute de la CENCO, tout ce que l’on déplore pour le moment ne serait pas arrivé. Un consensus aurait certainement pu être dégagé autour de ce candidat, un autre par la voie d’une dérogation négociée avec sa hiérarchie, dans le respect mutuel. Mais, en imposant Malumalu, dans un style qui a tout l’air d’une intention délibérée d’humilier l’Eglise Catholique, ses « parrains » ont tout gâché.

Le dossier de ce prêtre catholique étant suivi de près non seulement par les Congolais et les Africains mais aussi par l’ensemble de la Communauté Internationale, il y a lieu de craindre que la nouvelle CENI ne perde dès sa renaissance le peu de crédit qu’elle voudrait reconquérir, à l’image de celle du pasteur Daniel Ngoy Mulunda, coupable des tripatouillages électoraux de 2011. Il y a risque qu’à la longue, la présence à la tête de la CENI d’un prêtre n’ayant aucun respect pour le Saint-Siège et les prélats de la RDC, n’éloigne les bailleurs de fonds extérieurs du processus électoral congolais. Au finish, l’abbé Malumalu pourrait être perçu comme un ecclésiastique beaucoup plus attaché au matériel et aux honneurs qu’au don de sa personne pour les autres.                   

                                Kimp

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