Affaire des mutins du M23 : Kinshasa-Kigali, où est la vérité ?

Les nouvelles en provenance du front du Nord-Kivu perturbent nombre de nos compatriotes. Pendant que le Conseil National pour la Défense du Peuple (CNDP) et le M.23 (Mouvement du 23 mars 2009), recommencent à cracher du feu dans plusieurs contrées de cette province, avec la complicité attestée du régime de Kigali, d’aucuns sont surpris d’entendre des officiels rwandais donner de la voix aussi bien à partir de Kinshasa (Marie-Louise Mushikiwabo) que de la capitale rwandaise (Paul Kagame).
La ministre rwandaise des Affaires Etrangères comme le président rwandais développent la même thèse, à savoir celle de la neutralité de leur pays dans le dossier sécuritaire du Nord-Kivu, qu’ils qualifient de crise congolo-congolaise. Paul Kagame va même plus loin, en accusant l’Occident d’être le principal soutien des micro-rébellions animées par le général Bosco Ntaganda et le colonel Sultani Makenga, dans le dessein de déstabiliser le président congolais, Joseph Kabila.
 
Les observateurs avertis, rendus prudents par le double langage des autorités rwandaises dans la lecture des événements sanglants qui endeuillent le peuple congolais depuis près de deux décennies, soupçonnent Paul Kagame de chercher à brouiller les cartes. L’objectif visé est sans aucun doute de mettre le gouvernement congolais en conflit avec ses partenaires européens et américains et de gagner sur deux tableaux.
D’une part, le Rwanda voudrait effacer, à peu de frais, toutes les accusations de son implication avérée dans le recrutement des combattants rwandais pour les chefs rebelles Bosco Ntaganda et Sultani Makenga, leur entraînement dans des camps situés en territoire rwandais, leur approvisionnement en armes et munitions ainsi que leur financement. Et, si Kinshasa était lâché par l’Occident, Paul Kagame n’aurait plus de contradicteur en face dans la présentation de ses moyens de défense comme victime d’une diabolisation gratuite dans le dossier du Nord-Kivu.
 
Et, d’autre part, après avoir remis Kinshasa en confiance, Kigali pourrait continuer tranquillement son travail de sape de la paix dans la partie Est et de déstabilisation de la RDC. Officiellement, le pouvoir en place au Congo serait gêné d’accuser de nouveau Paul Kagame d’être le coach attitré de Bosco Ntaganda et Makenga Sultani.
 
Pourquoi la langue de bois ?
 
Des millions de Congolaises et Congolais, qui affichaient un moral très bas face aux événements du Nord-Kivu, se sont sentis fortement réconfortés par les propos tenus par le porte-parole du gouvernement dernièrement à Goma. Lambert Mende s’était en effet livré à un déballage systématique contre le régime de Kigali, en étalant sur la place publique son modus operandi dans la fourniture des troupes, de l’argent, d’armes et de munitions au général Bosco Ntaganda et son CNDP ainsi qu’au colonel Sultani Makenga et son M. 23.
Ils l’étaient davantage en apprenant que l’affaire était portée au niveau du Conseil de Sécurité de l’ONU et qu’un lobbying sous-régional était lancé à partir de Luanda par le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale.
Mais, ce qui recommence à troubler les esprits, c’est ce retour à la langue de bois dans le chef des officiels de Kinshasa, pendant que la ministre rwandaise des Affaires Etrangères et le président rwandais nient toute implication de leur pays dans la situation sécuritaire du Nord-Kivu, qu’ils ont le culot d’imputer à une incompréhension entre Congolais. Paul Kagame s’est même permis de parler d’un déficit de communication entre les autorités congolaises et leurs populations.
 
Lorsque l’on pense au huis clos décrété par le bureau de l’Assemblée Nationale sur la question orale avec débat portant sur l’accord congolo-rwandais du 19 mai à Kigali, lorsque l’on réfléchit aux intimidations, interpellations et arrestations subies par les médias congolais ayant été les premiers à faire état de l’implication rwandaise dans l’insécurité au Nord-Kivu, lorsque l’on analyse le refus des officiels congolais de donner suffisamment d’éclairage à leurs compatriotes sur les dessous des cartes qui entourent le dossier, on ne peut que s’interroger sur le nouveau round de rapprochement entre le Rwanda et la RDC.
 
Les Congolais aimeraient savoir pourquoi leurs propres gouvernants n’ont-ils toujours pas lancé un message à la résistance contre les «envahisseurs» rwandais cachés dans le CNDP et le M.23. A quand la mise en place des comités d’autodéfense populaire au Nord-Kivu, au Sud-Kivu ainsi qu’à travers l’ensemble de la République, comme à l’époque du Mzee Laurent Désiré Kabila, après l’invasion du pays par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi en août 1998 ? Pourquoi empêche-t-on nos concitoyens d’organiser des manifestations de protestation contre le CNDP et le M.23, tant à Kinshasa, à Goma, à Beni qu’à Bukavu, comme du temps de soulèvement de la jeunesse de Kinshasa, en juin 2004, contre la tentative d’occupation de la ville de Bukavu par des mutins conduits par le colonel Jules Mutebusi ? N’eut été cette mobilisation populaire, le général Laurent Nkunda, qui marchait également sur Bukavu, aurait certainement fait jonction avec Mutebusi, ce qui aurait annihilé toute velléité de résistance du général Mbuza Mabe et des troupes loyalistes.
 
Des armes qui ne s’épuisent jamais
 
Les Congolais ont besoin de connaître la vérité sur les tenants et aboutissants de la « guerre » du Nord-Kivu, où le CNDP et le M.23, qui avaient abandonné plus de 38 tonnes d’armes et munitions dans la ferme du général Bosco Ntaganda, à Mushaki, viennent de recevoir des renforts en hommes et de booster leur puissance de feu. On devrait expliquer à nos compatriotes comment les mouvements rebelles, nationaux et étrangers, qui écument le Nord-Kivu, ne connaissent jamais de rupture totale de stocks d’armes et munitions. Est-il normal que des micro-rébellions contrôlant des espaces réduits ne souffrent jamais de l’épuisement de leurs magasins d’armement ?
 
Il y a sûrement des réseaux, internes et externes, chargés d’entretenir à des cycles réguliers, les mutins et leurs chefs, en faisant passer, à travers le territoire congolais, armes, munitions, hommes et matériels de guerre. Si le peuple congolais est tenu à l’écart de la vérité et reste avec la conviction que l’affaire du Nord-Kivu est celle des initiés et traîtres à la cause de la patrie, il serait impossible d’obtenir son adhésion totale. Or, sans le soutien populaire, il serait difficile aux FARDC de gagner la « guerre » dans cette province.
 
Kimp

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