Affaire Chebeya : un Camerounais enfonce le Colonel Mukalayi !

 


Le président de la Cour militaire de la Gombe s’est vu obliger de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour clore le bras de fer qui l’a opposé, durant près d’une demi-heure, à la défense du Colonel Daniel Mukalayi, le jeudi 13 janvier 2011 à la Prison Centrale de Makala.

       En effet, d’entrée de jeu, les avocats du Colonel, considéré comme premier suspect dans le meurtre de l’activiste des droits de l’homme, Floribert Chebeya, ont demandé à la Cour de ne pas auditionner les renseignements fournis par Gomer Martell, sujet camerounais installé en RDC et négociants en matériels informatiques. Raison avancée : son identité douteuse et surtout témoignages empreints d’une dose de vengeance. Nonobstant cet argument, l’auditoire a appris du Camerounais qu’il avait vu le défunt militant des droits humains le 1er juin 2010 à l’Inspection générale de la Police nationale congolaise, située vers le Palais du Peuple. Indiquant qu’à la suite de son interpellation la veille, le 31 mai, à la terrasse « Planète J » en ville, il a été d’abord conduit manu militari à l’échangeur de Limete où il avait aperçu, pour la 1ère fois de sa vie, ledit Colonel de la PNC. Le lendemain, 1er juin, sur instruction de l’officier, le Camerounais affirme avoir été amené de toute urgence dans la soirée à l’Inspection générale par un certain capitaine Jonas. «Durant mon acheminement vers un local, au fond du couloir à droite, j’ai vu Floribert Chebeya que j’ai reconnu avec ses grandes lunettes. Je l’ai connu à l’époque où mon compatriote, Amos Namanga Ngongi, était le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC. Souvent j’allais à la Monuc et c’est là où je l’ai connu à travers mon frère de tribu. J’ai eu honte qu’il me voie ainsi menotté… » a indiqué Gomer Martell, tout en précisant que l’activiste était débout à côté d’un individu qu’il ne connaissait pas.

      Par ailleurs, a-t-il ajouté, il avait entendu une voix demandant à ses geôliers cagoulés de « dégager les lieux au risque d’énerver le général ! ».
Pour sa libération, le négociant a déclaré que le colonel lui a fait signer une décharge dans laquelle il s’engageait à lui verser la somme de 15.000 Usd (quinze mille dollars américains). Cependant, c’est à travers les médias qu’il a appris, le lundi soir, le meurtre de Floribert Chebeya.  

    Invité à la confrontation, le Colonel Daniel Mukalayi a plutôt indiqué que poursuivi pour contrefaçon des Francs Congolais, ce sujet camerounais a tenté de le corrompre avec 15.000 Usd qu’il a bien rejeté sans hésitation. « Ce contrefacteur a demandé à me voir, puis à me parler en tête-à-tête pour collaboration. Il a proposé de me laisser sa Jeep à titre de gage pour aller prendre de l’argent à Brazzaville… ». Version balayée par Gomer Martell, ce dernier a fait noter que depuis qu’il a porté plainte contre le Colonel, il est victime d’un harcèlement et d’une inculpation non fondée de « séjour irrégulier et escroquerie » de la part du magistrat Kahozi, réputé Conseiller juridique de l’Inspecteur général de la PNC, John Numbi.
S’accrochant à l’identité douteuse du renseignant pour établir un lien avec ses propos qu’elle jugeait infondées, la défense a vu son argumentaire balayé par la Cour estimant qu’elle n’est pas saisie pour ces faits.

Intervenant dans cette polémique,  le Ministère public a rappelé à la Cour que devant l’auditeur, le Commissaire de police Jonas, chargé de veiller sur le Camerounais, avait dit que c’est à 18heures qu’il avait reçu ordre de conduire le détenu auprès de son supérieur, le Colonel.

Le véhicule de la Brigade canine enlevé ?
    
    En poste de garde le 1er juin à l’Inspection générale de la PNC où était conduit Gomer Martell, l’Agent de Police Principal (APP) Shako, a été aussi auditionné. Au cours de sa déposition, il a rapporté que ce jour-là, des personnes non identifiées, habillées en tenue civile, lui ont arraché, sur ordre du Colonel, les clés de contact de la Jeep de la Brigade canine qui n’est plus retournée toute la nuit. Questionné par l’organe de la loi sur l’identité de ces personnes et la nature de leur mission, Daniel Mukalayi a répondu que ce sont des gens chargés de poursuivre le Commandant second de la Brigade canine, en fuite car impliqué dans une salle affaire d’extorsion. « Pourquoi rechercher le Commandant Willy le 1er juin, alors qu’il était en fuite depuis le 31 mai ? » a renchéri l’Organe de la loi. Réponse du Colonel : « Il y a certainement une confusion de date car un autre Commandant, Tony, a été arrêté le 31 mai pour être confronté à ses victimes le 1er juin… »

    Concernant le document autorisant la mise sur pied d’une Commission d’enquête du dossier Chebeya, le Colonel Moba, très malade au cours de cette séance, a reconnu l’avoir initié. « Juste au moment je sortais de mon bureau, le Colonel Kitungwa Georges m’a demandé de désigner des gens de mon unité afin de faire partie d’une équipe mixte d’enquête »

     Intervenant en dernier lieu, les animateurs de la Police scientifique ont fait observer à la Cour l’empressement du Colonel à entrer, coûte que coûte, en possession du rapport de leur structure. D’abord, le Commissaire principal François Shindani a relevé qu’ayant récolté tous les indices découverts dans le véhicule de feu Chebeya (ongles artificiels, mèches, une boite des préservatifs, une capote manipulée mais sans sperme, un journal, des cartes de visite, une carte de la Sonas, une carte de la Voix des Sans Voix etc.), le Colonel Georges Kitungwa l’avait appelé et réclamé, sur ordre de son supérieur Mukalayi, ces éléments scellés. « Il voulait les avoir avant 18heures et j’ai été mis en garde de mettre ce rapport en circulation et d’en faire part à mon chef. Je suis allé à son bureau vers 22heures. Quand je suis entré, il m’a recommander de retenir que lorsqu’il y a un problème d’envergure national, nous les policiers, devons toujours nous ranger du côté du pouvoir… » a ajouté le policier scientifique. En quoi cette affaire concernait la politique ? a questionné la Cour au Colonel. Réponse : « Je n’ai jamais dit ça. J’ai demandé ces éléments afin de les transmettre à qui de droit c’est-à-dire le chef des OPJ. Ce qui fut fait. D’ailleurs, quel intérêt aurais-je dans ce meurtre car c’est moi qui ai facilité la réalisation des investigations en fournissant argent et carburant aux agents de la police scientifique qui travaillent sous mes ordres? Je comprends qu’on cherche soit à couvrir quelqu’un ou à me noyer… »
     Cette déclaration a fait bondir le Ministère public de sa chaise qui a fait remarquer que le rapport de scène de la Police scientifique devrait être transmis uniquement, au Procureur de la République.
    Ensuite, le Colonel Vane Bile de la même surveillance scientifique a déclaré avoir instruit son agent, François Shindani, de ne sortir aucun document de l’enquête. Mais face à l’insistance du Colonel Mukalayi qui a même envoyé Georges Kitungwa, j’ai été obligé d’accompagner mes agents et les indices jusqu’à l’Inspection générale. N’ayant pas trouvé le Colonel, conclut-il, ce dernier nous a demandé, par téléphone, de les déposer auprès de papa Mukalayi, son chargé de Communication.           

Tshieke Bukasa 

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