Affaire Chebeya : les révélations du Général Unyon

L’instruction du dossier «Chebeya » a mis à nu, hier jeudi 30 décembre 2010, un dysfonctionnement criant des services de la Police nationale congolaise (PNC). En effet, invité à comparaître à la Prison centrale de Makala comme renseignant, le Général Unyon Vakpa, Inspecteur divisionnaire adjoint et directeur au département des Renseignements Généraux, a souligné l’«incommunication » régnant au sein de la direction des « Renseignements » où son adjoint, le Colonel Daniel Mukalayi, principal suspect dans le meurtre de Floribert Chebeya, évoluait en électron totalement libre. « Dans le cadre professionnel, les ordres de l’Inspecteur général de la PNC me parvenaient à travers mon adjoint… » a expliqué le Général, soulignant qu’à son arrivée à la tête de cette direction, en juin 2007, tout fonctionnait normalement. Depuis février 2008, son adjoint chargé des Renseignements, le Colonel Mukalayi, commençait à s’adresser directement à son supérieur, l’Inspecteur général. A titre illustratif, à la même période, le Colonel fait arrêter un sujet français pendant 3 jours, sans son autorisation, ni pouvoir l’informer. Pire, il commençait à signer des documents de service à sa place. « Pour cette raison, je l’avais fait passer devant le Conseil de discipline et demandé qu’il ne puisse plus accéder à mon bureau avec armes… », a fait noter le Général.

    Autre attitude déplorable, c’est toujours par l’entremise de son second que le Général Unyon a appris l’ordre de déloger les locaux de Kin-Mazière où siégeaient les Services des Renseignements Généraux. Cependant, bien qu’ayant trouvé de nouvelles installations sur l’avenue de Libération, le Colonel s’est révélé le seul membre de l’équipe à ramener son bureau à l’Inspection générale de la Police, située vers le Palais du Peuple. « Jusqu’à ce jour, son bureau de l’avenue de Libération est inoccupé et on l’utilise de temps à temps pour des réunions… »

 

    A la question de savoir si il était en contact avec sa hiérarchie directe, l’Inspecteur général John Numbi, le Général a répondu «très rarement », car les ordres lui parvenaient par le canal de son subalterne.

Dossier Chebeya : le Général déconnecté  

    Au sujet de sa connaissance du meurtre de l’activiste Floribert Chebeya, le renseignant a rapporté que le dossier est tombé au moment où il soutenait sa thèse de doctorat en Droits de l’homme à l’Université de Kinshasa. L’ayant appris par une radio locale, le 2 juin vers 9 heures, il s’est rendu à son bureau où son collaborateur, le Major Mukinzi, lui a appis que c’est le Major Georges Kitungwa, du département des Opérations, qui s’en occupait. Invitant ce dernier à lui rendre compte, le Général apprendra de la part du Major qu’il avait des effets féminins retrouvés dans le véhicule du défunt président de la Voix des Sans Voix (VSV). « Je lui ai commandé d’aller remettre ces objets à qui de droit ! », a clamé le patron des Renseignements de la PNC. Quant à la Commission d’enquête, il lui a été tout simplement indiqué que c’est l’Inspection provinciale de la Police de Kinshasa (IPKIN) qui menait les investigations. Toutefois, aucun de ses éléments ne faisait partie de ladite commission, tandis que lui ne recevait aucun rapport de la part de son adjoint, le Colonel Daniel Mukalayi.

     En guise de réaction, il a collé une demande d’explication au Major Georges Kitungwa, fiché comme  proche collaborateur du Colonel Mukalayi, qui l’avait affecté dans l’équipe d’enquête. «Avez-vous pris part à l’enquête ? Quel a été votre rôle ?» «Quelle est la destination des objets féminins trouvés ?»
    A toutes ces questions, le Major Kitungwa avait répondu, en son temps, qu’il a été adoubé par le Colonel Mukalayi. En tant qu’agent qualifié de la PNC, il a pris part à l’enquête. Enfin, les objets trouvés ont été remis, sur réquisition, à un certain Jean-Rémy Konde, moyennant décharge.

    De son côté, le Colonel a justifié la confiance que lui accordait l’Inspection générale qui a constaté une certaine faiblesse chez le  Général. Reconnaissant par ailleurs, avoir été responsable de 2 ou 3 commissions dont le contrôle échappait à son supérieur, Daniel Mukalaya expliqué qu’il s’est permis d’affecter certaines personnes, dont le Major Georges Kitungwa, car son chef étant régulièrement très occupé avec sa thèse de doctorat.

    Intervenant à son tour pour appuyer son accusation d’«association des malfaiteurs », le Ministère public a d’abord rappelé qu’à l’audience précédente, tous les prévenus avaient adopté une même ligne de défense : la dénégation totale. Malheureusement, pour eux, le Général Unyon vient de révéler, entre autres, que l’un des accusés Ngoy Mulongoy, Commissaire principal, a été affecté à son poste par le même Daniel Mukalayi qui niait, le jeudi 23 décembre dernier, ne pas le connaître. D’autre part, Georges Kitungwa bien qu’ayant son bureau sur l’avenue de Libération, il passait le clair de son temps à l’Inspection générale, où se trouve le bureau de son chef Mukalayi.
    
Odeur de règlement des comptes
    
    Réfutant l’impartialité du renseignant, le collectif de la défense a conclu que les propos du Général reflètent un règlement des comptes. Et pour preuve, souligne un avocat, c’est à travers le patron des Renseignements que le Major Kitungwa a été mis aux arrêts, au moment où il avait été convoqué à une réunion de service. « Il n’a donc pas été arrêté pour un quelconque acte posé ! C’est pour rien qu’il se retrouve en prison… » a-t-il regretté. Puis d’ajouter qu’il est suspicieux que le renseignant puisse s’amèner devant la Cour avec des documents apprêtés d’avance et des réponses « préparées » par des avocats !
    «Si ce sont ses collaborateurs, pourquoi a-t-il attendu maintenant pour déclarer sa frustration ? Etait-il au courant de la constitution d’une association des malfaiteurs au sein de la police ? Pourquoi l’Inspecteur général ne l’utilisait pas, mais plutôt son adjoint ? Quelle lecture faisait-il du qualificatif d’«incompétent » usé à son égard par l’Inspecteur général ? Toutes ces questions ont été relevées par la défense.»
    Il faudrait noter que cette audience riche en informations sur le fonctionnement des services de la PNC devait voir défiler d’autres renseignants tels que le Commissaire Yav Kot ; les Commandants Kabeya et Antoine Bokianga; les APJ Kabongo et Shako, etc. Le temps ayant fait défaut, la Cour a fixé sa prochaine audience au jeudi 6 janvier pour la suite de l’examen de l’accusation de 8 policiers inculpés, dont 3 toujours sont en cavale.

Tshieke Bukasa  

Leave a Reply