Affaire Chebeya : John Numbi se lave les mains et charge Mukalayi

 

Fanfares, danses, cris et chants de soutien au Général John Numbi, Inspecteur Divisionnaire en chef de la Police nationale congolaise (PNC), ont caractérisé le début et la fin de l’audience d’hier jeudi 27 janvier 2011 à l’occasion de la poursuite de l’instruction  de l’affaire « Chebeya ». Des hommes et femmes en tee-shirts blancs, tenant des banderoles avec inscription « Il est innocent »,  ont envahi, dès le matin, la Prison Centrale de Makala afin d’apporter leur appui à l’officier général qui comparaissait, pour la première fois depuis le début du procès, à titre de renseignant devant la Cour militaire de la Gombe.

    Juste après avoir donné des renseignements généraux sur sa personne, l’Inspecteur Général de la PNC, John Numbi, s’est vu opposé sa qualité de comparution par le bâtonnier national, Me Mukendi wa Mulumba. Pour ce dernier, les veuves Chebeya et Bazana avaient déposé une plainte nominale sur le renseignant qui doit être entendu comme « suspect », au risque de confondre facilement l’accusation. Argument relayé par son confrère Kabengele, cet avocat a ajouté que tout au long de l’instruction, il s’est révélé des indices et présomptions à charge du Général, permettant ainsi à la juridiction d’ordonner des mesures complémentaires. En clair, ont-il relevé, les différentes unités citées jusque-là dans cette affaire( Brigade canine, PERI, Bataillon Simba etc.) obéissant toutes à un commandement unique, la Cour devrait requalifier la qualité du renseignant en le transformant en prévenu. Demande rejetée par le Ministère public qui a rappelé que la question a été déjà examinée par le parquet qui avait estimé que seuls les 5 prévenus en détention à Makala devaient comparaître. Quant aux faits nouveaux évoqués par la partie civile, l’Organe de la loi l’a invitée à la patience car les relevés techniques ne sont pas encore analysés. Non convaincus par cet argument, les avocats de l’accusation ont multiplié des exemples afin de démontrer que des « choses louches sur le comportement du renseignant » les poussent à solliciter cette mutation. Il s’agit notamment des propos relevés lors de son audition du 5 juillet 2010 devant le Général Munkutu ; un mail envoyé le 31 mai par Chebeya à un correspondant à l’étranger mais retrouvé chez plusieurs personnes ; les propositions de rallier le régime au pouvoir faites à l’ancien président de la Voix des Sans Voix (VSV), par l’entremise d’un citoyen belge ; l’ignorance par le Général de son propre numéro matricule ; etc.
    Loin d’être ébranlé par ces évocations, la Cour militaire a renvoyé la partie civile à son arrêt avant dire droit dans lequel elle avait clairement souligné ne pas avoir le pouvoir de transformer le renseignant en prévenu.

Qui a invité Chebeya à l’Inspection générale ?    

     La lutte juridique passée, l’Inspecteur général de la PNC s’est livré aux questions de la Cour sur le fonctionnement de la Direction générale des renseignements spéciaux (DGRS), les liens de subordination existant entre lui et cette unité ; ses relations avec le Général Unyon, chef de la DGRS ; son rapprochement avec le Colonel Mukalayi, etc. En somme, on retient de sa réplique que le Général Unyon est un officier qui n’arrive pas à maîtriser son adjoint, le Colonel Daniel Mukalayi. Presque inaccessible au téléphone, Unyon avait par ailleurs refusé de rejoindre le bureau lui proposé à l’Inspection Générale de la PNC car « en étage, au moment où il est fatigué et malade ». La discipline étant la mère de l’armée, soutient le Général Numbi, un officier ne doit pas pleurnicher lorsqu’il y a manquement de ses subalternes, mais doit punir immédiatement.
    Puisant dans ses souvenirs, John Numbi avait confirmé qu’il avait fait la connaissance de l’activiste des droits humains, Floribert Chebeya, en 1996 lorsqu’il fut arrêté par l’ex Garde civile. « Il m’avait beaucoup aidé en me mettant en contact avec ma famille ; puis nous avons développé de bonnes relations… »
    Comment alors vous avez pris 3 mois (de février en mai) pour répondre à une correspondance qu’il vous a envoyée ? questionne la Cour. Réponse du numéro 1 de la PNC : « Je me rappelle très bien cette lettre. J’étais en mission à Paris, puis en Angola, en Namibie etc., mais à mon retour, j’ai trouvé 5 signataires chargés de dossiers et la correspondance de la VSV a été traitée normalement à tous les échelons car dans le cabinet, j’ai dix conseillers juridiques… ». Cependant, a-t-il précisé, après la signature, la missive a été envoyée auprès des estafettes chargées de l’expédition quoique lui n’a jamais échangé avec le Colonel Mukalayi au sujet de cette lettre de la VSV. « Tout ce qu’il m’avait rapporté un jour, c’est le désir de Chebeya de me parler. J’avais répondu au Colonel de voir le protocole pour organiser la rencontre car la personne m’avait autrefois aidé. Mais, jusqu’à son décès, ladite rencontre n’a jamais eu lieu… » a expliqué le Général. Interrogé sur ses relations avec le Commissaire Michel Mwila, celui-là même chargé de déposer le courrier à la VSV, John Numbi a déclaré qu’il ne le connaissait que de vue et ne lui a jamais adressé la parole, ni parlé au téléphone. « Lors de mon audition à l’auditorat militaire, on m’a présenté des relevés d’une quinzaine d’appels de Chebeya sur mon téléphone. Je les ai reconnus en faisant observer la mention 0 minute à côté de chaque appel pour démontrer que je ne décroche pas les appels des numéros inconnus. Par ailleurs, comme je coordonnais les préparatifs du défilé du 30 juin, je n’avais pas entendu, ni répondu à ses appels ».
    S’agissant de son emploi du temps le 1er juin 2010, jour du rendez-vous fatidique avec Floribert Chebeya à l’Inspection générale de la Police, l’officier a décrit ses déplacements du matin jusqu’au soir, avant de regagner son domicile à 17h30. Précision de taille : il n’est pas arrivé un seul moment au bureau et n’a jamais pris rendez-vous avec Chebeya ni ce jour-là, ni aucun autre jour. « Et pourtant Chebeya est bel et bien arrivé à l’Inspection générale le 1er juin à 9 heures 56 comme le relève le coup de fil adressé à sa femme. L’initiative pourrait venir du Colonel Mukalayi lui-même… », sonde le président de la Cour militaire. En guise de réponse, le Général a rétorqué que ce n’est pas une question mais un constat qu’il partage, surtout que ce jour là il n’a pas parlé avec son collaborateur Mukalayi. « Non, je n’ai jamais donné l’ordre de retirer le courrier de la VSV de mon bureau pour l’envoyer à Chebeya. On ne peut même pas parler de guet-apens car pour que ça soit vrai, il faudrait que je l’invite mais c’est plutôt lui qui sollicitait de me voir. D’ailleurs mon protocole ne m’a jamais signifié un rendez-vous avec lui et je n’ai jamais donné mon accord pour ce rendez-vous », a-t-il conclu. En définitive, pour lui, son retour au pays après un long séjour à l’étranger, la signature de la lettre de la VSV, le « rendez-vous » de Chebeya et son assassinat sont un concours malheureux des circonstances car le « vœu de me voir venait de lui puisque aucun jour je n’ai demandé à Mukalayi d’aller le chercher »

Tshieke Bukasa

 

Leave a Reply