Affaire Banque Congolaise : Roger Yaghi, l’acte

Au terme de trois audiences (17, 20 et 24 octobre 2011), le procès de l’ex-Président du Conseil d’Administration de la Banque Congolaise a dévoilé sa face cachée, à savoir celle d’une cabale montée par une main noire pour dépouiller cette structure d’intermédiation financière.
Au départ, l’acte d’accusation ficelé par l’organe de la loi paraissait accablant pour Roger Yaghi : faux en écriture, virements bancaires fictifs, octroi frauduleux de crédits à son profit personnel et à celui des sociétés, détournement des paiements effectués par la BCC, abus de confiance et des biens sociaux, blanchiment d’argent, dissimulation d’argent, etc.
L’examen contradictoire d’un échantillon des préventions a laissé l’auditoire sur sa soif. Alors que l’on s’attendait à ce que l’accusation mette le prévenu K.O. avec des preuves irréfutables de ses turpitudes managériales, c’est plutôt le contraire qui s’est produit. Il a été surprenant de constater que dans une affaire concernant une institution financière, les actes d’indélicatesse supposés avoir été posés par l’ex-PCA de la BC n’aient laissé aucune trace.

En effet, le public attendait en vain que soient exhibé, devant le prétoire, des documents accusateurs de Roger Yaghi comme auteur de faux en écriture, de virements bancaires fictifs, d’octroi frauduleux de crédits, de détournement des paiements effectués par la BCC, d’abus de confiance ou de biens sociaux, de blanchiment ou dissimulation d’argent. Placée sous haute surveillance de la Banque Centrale du Congo de septembre 2009 à octobre 2010, avec la présence de Mupepe Lebo comme « Représentant provisoire » puis « Administrateur provisoire », la Banque Congolaise devrait logiquement en garder dans ses placards des données écrites du présumé pillage orchestré par Yaghi.

On a parlé de 5 millions de dollars, 24 millions de dollars et même 123 millions de dollars à justifier par l’ancien président du Conseil d’Administration sans que les livres de caisse de la Banque Congolaise ou le réseau électronique ne mettent l’incriminé au pied du mur. Au sortir de l’audience du lundi 24 octobre 2010, il ne reste plus à Roger Yaghi qu’une alternative : apporter lui-même au ministère public les preuves de sa culpabilité. Dans quel tribunal en cour, a-t-on vu pareille chose ?
Il est bizarre qu’un audit ait tout même été diligenté à Banque Congolaise, en juillet 2011, c’est-à-dire dix mois après que cette institution financière ait été placée sous gestion administrative de la Banque Centrale du Congo et donc dix mois après la mise à l’écart de Roger Yaghi. Selon les usages en la matière, l’intéressé aurait dû être interrogé, par l’équipe d’audit, au sujet d’éventuelles fautes de gestion à sa charge. Même alors, il aurait été illogique de demander des comptes au Président du Conseil d’Administration qu’il était, pour la simple et bonne raison que la gestion courante de la BC relevait de la compétence du Comité de gestion.

Au regard du vide que continue d’afficher le dossier Yaghi, la question que l’on est en droit de se poser est de savoir si le Tribunal de Grande Instance de la Gombe disposera de l’autorité et de l’indépendance nécessaires pour faire défiler devant sa barre les hautes personnalités citées au cours de l’audience du jeudi 20 octobre 2011. Dans le souci de faire éclater réellement la vérité, l’opinion nationale aimerait connaître le rôle qu’auraient éventuellement joué dans la descente aux affaires de la Banque Congolaise par Beya Siku (Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat), Pierre Lumbi (Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en matière de sûreté, Raymond Tshibanda (ministre de la Coopération et ancien Directeur de cabinet du Chef de l’Etat), Athanase Matenda Kyelu (ancien ministre des Finances).

Il y a aussi et surtout Mupepe Lebo et Mawakani Samba, Administrateurs provisoires, ayant conduit cette banque à sa liquidation. Pourquoi n’a-t-on pas audité la gestion de ces deux anciens charcutiers de la Banque de Kinshasa ? On devrait chercher à savoir pourquoi Mupepe Lebo avait été relevé de ses fonctions d’Administrateur provisoire, quinze jours seulement après son entrée en fonction.
Les dessous des cartes qui se jouent derrière la banqueroute de la BC exigent d’être connus. Si Roger Yaghi a réellement fauté, que cela soit démontré devant la barre, noir sur blanc. Dans l’hypothèse où des « Kuluna » en cravate seraient au cœur de la liquidation d’une banque qui pesait 120 millions de dollars de valeur positive au moment de sa mise sous gestion administrative par la BCC, cela devrait aussi se savoir.

Kimp

Leave a Reply