Accord ou Déclaration de Kampala : pressions et chantages sur Kinshasa

m23_delegation_a_kampalaAprès le flop du lundi 11 novembre 2013 à Entebbe, où étaient attendus les délégués du gouvernement congolais et ceux du Mouvement du 23 Mars 2009 pour la signature de l’Accord de Kampala, c’est la grande impasse. Depuis lors, la facilitation ougandaise n’a toujours pas avancé de date pour les retrouvailles entre « frères ennemis ».

 Pendant que les rumeurs circulent dans tous les sens au sujet des intentions belliqueuses du Rwanda et de l’Ouganda à l’égard de la RDC, suite à son refus d’accorder une « prime spéciale » à leurs poulains du M23, le ministre congolais des Affaires Etrangères, Raymond Tshibanda, a regagné Kinshasa hier mardi 12 novembre. D’aucuns perçoivent ce retour précipité comme un signal fort du gouvernement congolais sur sa désapprobation à la fois de l’intitulé et du contenu du draft ficelé par la facilitation ougandaise aux fins de sa signature avec le M23.  Le message de Kinshasa est clair : il n’est pas question de faire de cadeau à une rébellion qui, bien qu’auto-dissoute, refuse de proclamer officiellement et publiquement sa mort.

 Pressions internationales

 Alors que les négociations de Kampala semblent plus que jamais hypothéquées, les envoyés spéciaux des Nations Unies, de l’Union Européenne et de l’Union Africaine tentent de calmer le jeu. A les en croire, la situation n’est pas aussi perdue qu’on le craint. Ils soutiennent que la divergence majeure se situerait au niveau de la « sémantique », en ce sens que la facilitation ougandaise et le M23 insistent sur la conclusion d’un « Accord », alors que le gouvernement congolais s’en tient à la signature, par cette ex-rébellion, d’une simple « Déclaration de reddition ».

Tout en banalisant le rendez-vous manqué du lundi 11 novembre, la communauté internationale fait pression sur Kinshasa pour souligner que sa victoire militaire sur le terrain ne suffit pas. Elle martèle qu’il faut absolument que les deux parties règlent pacifiquement leurs divergences de vues. Le non-dit de l’exigence d’un compromis politique entre Kinshasa et le M23 donne à penser que cette « force négative » passe, aux yeux de la communauté internationale, pour la partenaire incontournable avec laquelle devrait « cohabiter » le gouvernement congolais, s’il tient à ne pas connaître de désagréables surprises au Nord-Kivu.

Au lieu de dire clairement et ouvertement à la partie congolaise que le M23 ne doit pas disparaître malgré ses revers militaires à l’Est du Congo, les envoyés spéciaux de la communauté internationale dans les Grands Lacs préfèrent se cacher derrière l’ambiguité de langage.

 Pressions ougandaises

Pays hôte des négociations entre Kinshasa et le M23 depuis plus de 18 mois et pilote de la facilitation, l’Ouganda a abandonné sa neutralité pour s’ériger en avocat de cet ex-mouvement rebelle. On se souvient qu’à l’époque où le M23 menait le jeu sur le front militaire, le pays de Museveni avait commencé par élaborer un projet d’Accord comportant de nombreux pièges contre Kinshasa, notamment une amnistie générale en faveur de Sultani Makenga et compagnie, leur intégration sans condition au sein des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), leur participation à la vie politique et économique, la co-administration du territoire de Rutshuru pendant au moins cinq ans, des compensations financières pour leurs biens supposés saisis ou détruits, etc.

Pour le moment, Kampala fait pression sur Kinshasa pour obtenir la levée de la mesure excluant environ 1.700 militaires du M23 du bénéfice de l’amnistie et de la réintégration au sein des FARDC. Selon le gouvernement ougandais, les négociations ne peuvent se conclure sans que les ex-rebelles du M23 soient fixés sur leur avenir militaire et politique.

 Le temps des chantages

Depuis le lundi 11 novembre, le M23 menace de déballer le dossier de toutes ses complicités au sein des FARDC et des institutions politiques qui, semble-t-il, l’aidaient dans les achats des armes et munitions, le recrutement de ses combattants, le financement de ses campagnes militaires par le trafic illicite des minerais, la collecte des renseignements militaires, etc. Cet ex-mouvement rebelle prétend vouloir apporter aux patriotes congolais les preuves de la présence des traîtres dans leurs rangs.

            Dans quelle mesure un tel déballage, s’il était réellement fait, viendrait corroborer la thèse des trahisons qui ont longtemps plombé le comportement des FARDC sur le front de l’Est ? Quelle fiabilité pourrait-on accorder à des allégations de trahison en provenance des personnes ayant sur leur conscience le sang des milliers de Congolaises et Congolais ? Le M23 serait-il devenu subitement l’allié du peuple congolais dans la traque des traîtres à la cause de la patrie ?

            Quant au régime de Kigali, il n’a pas trouvé mieux que de se livrer à la militarisation de plusieurs localités frontalières au Nord-Kivu. Le redéploiement de la machine de guerre rwandaise vise manifestement à intimider le gouvernement congolais, en lui brandissant la menace de relancer la guerre au cas où Kampala ne donnerait pas de résultat. On sait du reste que depuis que le M23 a été délogé de l’Est de la RDC, Kigali se plaint de l’absence d’une zone tampon entre son territoire et l’espace contrôlé par les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), ce qui sous-entend qu’il y aurait nécessité que son armée revienne en RDC pour traquer cette force négative, comme en 2009. Mais on sait aussi qu’après des opérations militaires conjointes congolo-rwandaises pendant plusieurs mois, les fameux génocidaires Hutu n’avaient pas été exterminés. Ce qui laisse penser que le retour de l’armée rwandaise au Congo n’a rien à avoir avec la menace sécuritaire des FDLR.

Députés et Sénateurs congolais interpellés

C’est le lieu d’interpeller les députés et sénateurs congolais sur leurs responsabilités face à la patrie en grand danger de se voir imposé, comme en 2009, un accord suicidaire pour ses intérêts vitaux. Dans son épreuve de force contre le M23, la facilitation ougandaise, le Rwanda et même la communauté internationale, foncièrement accrochés à la conclusion d’un accord politique comme piste de sortie de la crise sécuritaire du Nord-Kivu, le gouvernement congolais a besoin du soutien de son Parlement.

            Comme la nature aime bien faire les choses, l’Assemblée nationale et le Sénat sont en pleine session, ce qui les exonère de la contrainte de convocation d’une session extraordinaire. Ce que les électeurs congolais attendent de leurs représentants à l’hémicycle de Lingwala est qu’ils réclament, toutes affaires cessantes, le draft dont on parle tant à Kampala mais qui continue d’être tenu secret par toutes les parties, pour des raisons inavouées. Sa saisine et son examen s’avèrent impérieux pour fixer l’opinion nationale congolaise sur le véritable contenu du fameux accord que refuse de signer Kinshasa.                              Kimp

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