Acceptées par leurs maris après un viol : une première

La vie des 300 femmes de Luvungi, violées en juillet et août derniers par des miliciens, n’a pas été complètement détruite. Leurs maris, faisant preuve de compréhension, n’ajouteront pas à l’horreur de ces violences l’injustice de la répudiation. Une attitude nouvelle qui tranche avec le rejet habituel en pareille circonstance.

 Luvungi, un centre commercial qui sert de porte d’entrée à une dizaine de carrés miniers en territoire de Walikale, au Nord-Kivu, s’est tragiquement rendu célèbre par les viols de 300 femmes, du 30 juillet au 2 août derniers, perpétrés par des miliciens locaux et des rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Aujourd’hui, c’est le comportement de leurs maris qui est à remarquer : aucun d’eux n’a répudié son épouse. Une première dans cette région où les communautés ont pris l’habitude de culpabiliser les victimes. «Le viol de ma femme m’a sauvé la vie», raconte un habitant du village. «Pour quelle raison culpabiliser quelqu’un qui a été agressé ?», se demande Mushiki, président du patronat congolais, Fec/Luvungi, qui se félicite de la spontanéité avec laquelle les hommes ont accepté leurs femmes telles qu’elles sont, «sans aucune contrainte».

 

Une bombe à retardement

 Tous ont souffert de la cruauté de leurs assaillants. Les hommes ont subi des humiliations et des traitements inhumains devant leurs femmes. Selon Zaina, porte-parole de ces femmes violées, celles-ci ont été forcées avec un sadisme inouï. Certains bourreaux n’ont pas hésité à explorer le vagin d’une mère, devant ses enfants, «pour chercher l’or», précise-t-elle. Une cruauté qualifiée «de véritable entreprise pour la destruction de la femme paysanne» par Bernardine Muhongo, présidente de Femmes victimes de conflits, une Ong basée à Goma, et qui fait de la RD Congo comme une «capitale mondiale du viol», selon Margot Wallström, l’envoyée spéciale de l’Onu pour les violences faites aux femmes et aux enfants dans les conflits.
 En dépit du bon accueil de leurs maris, les femmes peuvent garder de lourdes séquelles de ces viols. Elles ont été exposées au VIH/sida ou à d’autres infections sexuellement transmissibles (IST). International Medical Corps (IMC), la première organisation humanitaire à les assister n’est arrivée sur le terrain qu’une dizaine de jours après les violences. Même le kit Pep, dont les médicaments empêchent la grossesse, la transmission du VIH et des IST jusqu’à 72 heures après l’acte, n’est plus efficace. «Nous allons juste procéder à un dépistage volontaire du VIH au début de novembre», déclare Christophe Nyembo, psychologue à IMC. En attendant, dit-il, «nous leur demandons d’utiliser les préservatifs». En outre, les victimes ont peur d’avoir perdu l’autorité parentale sur leurs enfants. «Comment redresser un enfant qui a vécu une telle scène», se demande Zaina.
 Enfin, en dépit des soins médicaux gratuits, les victimes font face à une difficulté majeure : le centre de santé qu’IMC appuie est à près de 20 km de Luvungi. Difficile pour ces femmes d’y venir à pied à cause de la présence des FDLR sur ce tronçon, et celles qui sont enceintes ne peuvent y venir à moto à cause des secousses sur la route.

Un trio de complices
 La milice de Cheka, celle de Nsengiyumva et les FDLR sont devenues tristement célèbres pour leur participation au viol de plus de 500 femmes, pendant cette même période de quatre jours, dans treize villages en territoire de Walikale. Selon l’Onu, les femmes étaient particulièrement exposées, car tous les militaires des Forces armées de la RD Congo étaient partis en juillet dernier pour participer à des opérations militaires très «lucratives» dans des carrés miniers. Même si ces viols ont abouti, près de trois mois plus tard, à l’arrestation du chef d’état-major de la milice Cheka, dans son fief, lors d’une opération militaire lancée par la Mission de l’Onu en RD Congo, en collaboration avec la justice militaire congolaise, les victimes exigent que Cheka soit également mis aux arrêts. «C’est lui le vrai responsable de toutes les violences sexuelles perpétrées par ces hommes depuis le début de sa rébellion», accuse Zaina.
Taylor Toeka Kakala
(Syfia Grands Lacs)

Leave a Reply