A cause de la vétusté des voies ferroviaires : la RDC perd le contrôle de son fret

Est-on en face d’une incompétence ou d’un flou artistique suite à une mauvaise foi manifeste ou à une volonté délibérée de nuire en vue de se faire les poches dans le secteur ferroviaire ? Lorsque le Gouvernement de la République avait annoncé l’achat de neuf locomotives pour relancer le chemin de fer au Katanga, des experts dans ce domaine avaient ri sous cape et la réalité sur le terrain leur donne aujourd’hui raison. Les accidents sur le réseau et les accrochages entre les mouvements syndicaux et le patronat, ayant provoqué hier le déclenchement d’une grève illimitée des cheminots à Lubumbashi, commencent à faire tomber des pans entiers du voile fort épais sur ce secteur très sensible et stratégique.  

 

            On l’a d’abord constaté au lendemain de l’accident du train de la SNCC survenu le 24 avril dernier au niveau de la localité de Katongola, près de la ville de Kamina. Ayant causé  la mort de près de deux cents personnes, tous sexes et âges confondus, sans oublier leurs biens. Il y a eu ensuite le déraillement d’un autre train des marchandises tout près de la localité de Lubudi en route vers les deux Kasaï. Chose assez étonnante, le ministre des Transports et Communications avait fait état le 14 mai dernier des erreurs humaines jusqu’à insinuer que les machinistes étaient ivres lors de cet accident.

            C’est cette déclaration qui a provoqué la colère des cheminots de Lubumbashi, d’où le déclenchement de cette grève illimitée. Pour les agents de la SNCC : « ce qui nous choque, c’est que le ministre n’a pas tenu compte de notre valeur. Nous trouvons qu’il cherche à ne pas dédommager les familles des conducteurs qui sont morts. Quand il dit que c’est une erreur humaine, ça veut dire que la faute incombe aux conducteurs ». Or, ajoutent les agents : « lorsque la machine est arrivée à Lubumbashi, on n’a pas remplacé la roue avant. On a pris cette dernière pour la mettre à l’arrière et vice-versa. Donc l’avarie est restée intacte. C’est cela la cause, le conducteur n’était pas mis dans des bonnes conditions de travail ».

            Avis contradictoires

            Si pour les pouvoirs publics, ce sont les conducteurs qui sont à la base des accidents survenus sur le chemin de fer, par contre les délégués syndicaux et les cheminots dénoncent le personnel non motivé et qui totalisent plus de dix ans d’arriérés des salaires. D’autre part ils se plaignent de la vétusté des locomotives, des rails, des garages d’entretien. C’est ainsi que l’opinion a pu apprendre que les neuf locomotives dataient de 1963 et qu’elles étaient prises en location à raison de 2.000 dollars Us par jour, quel que soit l’état du train. Voilà le premier accrochage entre le monde syndical et le gouvernement dont les membres, avec à leur tête, le premier ministre en personne, avaient fait le déplacement de Lubumbashi pour  fêter l’inauguration de ces 9 locomotives.

            Avant-hier, la salle des réunions du Ministère des Transports et Communications a été le cadre de la signature d’un contrat d’achat de 18 locomotives en provenance de la Chine. Une cérémonie grandiose, car honorée de la présence de deux ministres du gouvernement central, à savoir celui des Transports et Communications et celui des Finances ainsi que le comité de gestion de la SNCC face à l’ambassadeur de la Chine et ses experts venus du pays de Mao. Par ailleurs, les autorités de l’ex-ONATRA ont annoncé l’arrivée des trois locomotives destinées à la ligne Kin-Matadi. Il s’observe cependant que le réseau ferroviaire de la République, notamment les rails se trouvent dans un état de délabrement fort avancé car datant des années 1975. Non seulement les garages d’entretien n’existent plus que de nom, car dépourvu des infrastructures appropriées et modernes mais pire encore, le personnel a vieilli et accuse plus de dix ans d’arriérés des salaires. Bien plus, à moins que ces locomotives chinoises se trouvent déjà sur les ports en attente de leur départ vers la RDC, sinon, il faudra attendre plus d’une année avant de les réceptionner à Lubumbashi. Au sujet de celles annoncées par la direction de l’ex-ONATRA Kinshasa, il nous revient qu’elles ont été reconditionnées, c’est-à-dire réfectionnées au niveau de certaines pièces du moteur.

On passe à côté de l’essentiel  

 

            Selon des sources proches des milieux syndicaux de la SNCC, une locomotive neuve ultramoderne revient à la somme d’un million des dollars Us à Jobourg et probablement moins cher en Allemagne, en Belgique, en France et en Chine, des pays affichant une grand expérience dans le domaine ferroviaire. Toujours selon ces sources, le coût de la réfection de l’ensemble du réseau ferroviaire congolais revient à la somme de deux cent millions des dollars Us et les travaux peuvent durer cinq mois si les pouvoirs publics y mettent un poids et s’abstiennent de tomber dans la tentation de la surfacturation et du recours aux intervenants techniques incompétents. Sinon la facture risque d’être lourde et exorbitante de nature à retarder le délai de la finition de ces grands  travaux. Dès lors que selon les études réalisées dans les bureaux d’études du Ministère des Transports et Communications exigent un appel d’offre public et un contrôle technique sérieux pour éviter de connaitre des accidents que l’on déplore aujourd’hui.

Pertes énormes sur le trésor public  

            La convention internationale sur les transports aérien, maritime, fluvial, lacustre, ferroviaire et routier reconnait au pays importateur et exportateur le monopole en ce qui concerne les mouvements de son fret. Mais si un Etat ne dispose pas des moyens de transport adéquats, il ne peut pas se plaindre de voir ses voisins lui ravir et bénéficier de ce droit. C’est ainsi que faute des compagnies aériennes, maritimes, ferroviaires et routières nationales ou privées, la RDC accuse des pertes énormes en termes des recettes et d’emplois directs et indirects au profit des Etats voisins, notamment la Belgique, la France, la Chine, le Japon,  l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, l’Afrique du Sud et bientôt la Zambie. Ce sont les sociétés de transport de ces différents Etats qui s’occupent de l’importation et d l’exportation du fret appartenant au Congo. Pire, fatiguée d’attendre la relance du chemin de fer congolais, la Zambie, un Etat complètement enclavé vient de lancer des travaux de construction d’une ligne ferroviaire en direction du port angolais de Lobito pour l’exportation de ses minerais du cuivre et de l’importation des marchandises en provenance de l’Occident. Etant donné que la ligne vers le Sud existe déjà. Or, depuis longtemps, ce pays a toujours utilisé la voie ferroviaire congolaise via la Gare de Dilolo vers le port angolais de Lobito.

F.M.

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