600 coups d’Etat en 50 ans !

La Faculté des Lettres de l’Université de Kinshasa a organisé, le mardi 1er juin 2010, une conférence-débat ayant pour thème « La pensée et la pratique de la démocratie en Afrique post-coloniale 50 ans avant et après 2010. Un apport philosophique dans la politique africaine pour une véritable démocratie ». Cette rencontre a connu la participation d’un invité spécial : le professeur émérite Elungu Pene Elungu.

Dans son mot de circonstance, le Recteur de l’Unikin, le professeur Labana, a souligné que la tenue de grandes conférences universitaires offre un cadre précieux de recherche personnelle et d’évaluation des connaissances. Introduisant le conférencier, le professeur Mimbu, Vice-doyen de la Faculté des Lettres, a fait savoir que la conférence-débat était destinée à répondre au besoin de réfléchir sur la démocratie, afin de proposer à la nation congolaise une nouvelle culture de la pensée après 50 ans d’indépendance.

Pour sa part, le modérateur, le professeur Mbadu, a renchéri qu’à cet effet, plusieurs interrogations sont soulevées pour baliser les voies les meilleures à suivre au rythme du cinquantenaire. « Qu’avons-nous fait et qu’allons-nous faire après 50 ans d’indépendance », s’est-il interrogé.

Dans son exposé, le professeur émérite Elungu Pene Elungu a indiqué que la crise africaine émane de la réforme de l’église catholique, qui a suscité la liberté de conscience, de revendication du pouvoir souverain et de l’essor de l’économie par le biais de l’industrialisation. Tout ceci forme, selon ce philosophe, un système global matérialisé par un Etat. Dans ce sens, l’Afrique est toujours sous régime colonial parce que l’homme politique est tombé, de façon obligatoire, sous la loi de l’intérêt individuel.

Selon le professeur Elungu, la conscience humaine doit se détourner de la loi de l’intérêt individuel. D’où, il faudrait nous appuyer sur notre propre formation de pensée analytique et objective.

Le deuxième intervenant, le professeur Ngoma Binda, Doyen de la Faculté des Lettres, a fait bouger la salle à partir des premières notes de son exposé : « Le Congo est un grand producteur des produits économiques et aussi grand exportateur de graves maladies politiques qui squelettisent et handicapent toute l’Afrique », a-t-il martelé. Allusion faite aux coups d’Etat, aux chants et danses politiciens ainsi qu’aux vices du handicap social.

L’orateur a comptabilisé 600 coups de force parfaitement réussis sur le continent depuis 1960 et 200 tentatives. Curieusement, la longévité moyenne au pouvoir en Afrique est de 30 ans. Les trois stratégies utilisées pour installer les dictatures sont la tricherie aux élections, la modification de la Constitution et le dauphinage génétique, c’est-à-dire le transfert du pouvoir de père en fils. Dans leur boulimie du pouvoir, les dictateurs prétextent leur souci de parachever le travail commencé pour obtenir la prolongation de leurs mandats à l’infini. Les oppositions sont complètement atomisées, a-t-il relevé.

Que faire pour changer cet état d’esprit? Selon le professeur Ngoma Binda, la solution consiste à aller à la quête de la démocratie libérale par le biais de 4 principes : le tri archique (1+3) tout en mettant un garde-fou contre le pouvoir exécutif ; l’inclusion universelle, c’est-à-dire l’association du perdant à la gestion du pouvoir ; le système indirect ascendant concentrique, c’est-à-dire l’élection au second degré pour minimiser le coût des élections ; et enfin une  circulation rotative du pouvoir selon la sphère des communautés de base, soit géographique, soit tribale.

Ce philosophe politique pense qu’il faut réinventer la démocratie à l’africaine, prendre en charge des initiatives nouvelles au niveau de l’Union Africaine et mettre en place une « armée » chargée de la défense de la démocratie en Afrique.

            Nicolas Kabemba (stg/Unikin)

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