5 chantiers de la République : « Décoloniser » Kinshasa !

La ville de Kinshasa ressemble de plus en plus à un « monstre » urbanistique.  Elle s’étale, de l’Est (Maluku) à l’Ouest (Mitendi) sur plus de 100 Km et du Nord (Fleuve Congo) au Sud (Ligne à Haute Tension d’Inga) sur plus de 50 Km. Et, elle n’a pas fini de s’étendre, en longueur comme en largeur. Au jour d’aujourd’hui, personne ne peut déterminer avec précision ses limites. Grâce à un désordre foncier sans pareil, ses occupants construisent et s’installent partout où bon leur semble, au mépris des normes d’urbanisme. 

            50 ans après l’indépendance, la capitale de la République Démocratique du Congo obéit au modus vivendi arrêté à l’époque de la colonisation belge. Tous les jours, tout Kinshasa effectue chaque matin, le même mouvement, celui conduisant vers la commune de la Gombe, où sont regroupés le centre des affaires (Marché Central, grandes surfaces, maisons de commerce, grossistes, banques commerciales), l’administration publique, les sièges des entreprises publiques, les cabinets ministériels, les chancelleries étrangères, les antennes des organismes internationaux, les grandes formations médicales, les bureaux des compagnies aériennes, les fiduciaires, les hôtels, les restaurants, les night-clubs, les casinos, etc.

            Le ballet matinal, dans le sens des cités résidentielles vers un unique point de chute, qui est la commune de Gombe, et le safari nocturne, qui s’effectue dans le sens inverse, parait de plus en plus comme une monstruosité. Il est anormal que tous les matins, l’on déserte la plus grande partie de la ville pour s’agglutiner à Gombe et qu’en fin de journée, tout le monde se bouscule sur le chemin du retour vers Bandal, Kintambo, Binza/UPN, Malweka, Lutendele, Cité Pumbu, Matadi Kibala, Mitendi, Masanga Mbila, Selembao, Bumbu, Makala, Ngaba, Mbanza-Lemba, Kindele, Kisenso, Lemba, Matete, Ndjili, Cecomaf, Limete, Kingabwa, Masina, Kimbanseke, Kingasani, Mikondo/Bosawa, Muntu Kutina ve, Cité de l’Espoir, Mpasa, Mikonga, Kinkole, Nsele, Maluku.

            Dans sa configuration actuelle de ville éclatée en cités-dortoirs et Centre-ville, Kinshasa complique la vie de ses résidents en matière de transports en commun, de soins médicaux de qualité, d’approvisionnement en produits manufacturés, de formalités administratives diverses, etc. Tout se passe comme si, sans la commune de Gombe, il n’y aurait pas de vie à Kinshasa. 

Rimmokin : une regrettée mort-née 

            Les Kinois continuent de s’installer, à un rythme infernal, dans des quartiers non urbanisés, dépourvus de routes, de canalisations d’eaux, d’hôpitaux, d’écoles, d’eau potable, d’électricité, de marchés modernes, de grandes surfaces, de pharmacies, de restaurants, d’hôtels… loin des cabinets ministériels, des locaux d’ambassades…Leurs difficultés de transport, de prise en charge médicale correcte et efficace, de scolarisation… ne font qu’ s’aggraver, au point de rendre leurs milieux invivables.

            Avec ses près de 10 millions d’âmes, Kinshasa a besoin d’une nouvelle politique d’habitat et d’urbanisation pour rompre avec l’héritage de la « colonisation ». La pratique consistant à lotir anarchiquement des parcelles, sans avoir au préalable pris soin d’aménager les infrastructures indispensables à une vie moderne, devrait être bannie. A ce sujet, l’ Hôtel de Ville de Kinshasa avait suscité beaucoup d’espoirs, il y a deux ans, en mettant sur pied la Rimmokin (Régie Immobilière de Kinshasa), dont l’une des missions, en plus de la gestion du patrimoine immobilier de la ville, était de construire des habitations modernes sur des sites répondant aux normes d’urbanisme.

            Hélas, les belles maquettes déployées aux quatre coins de la capitale et représentant des villas coquettes érigées dans des quartiers réunissant tous les atouts de la modernité (routes goudronnées, caniveaux, égouts, réseaux de desserte en eau potable et électrique, parking, terrains de jeux, centres commerciaux, écoles, hôpitaux) sont restées du domaine des rêves. De nombreux souscripteurs qui pensaient rompre avec la promiscuité humaine qui affecte Lingwala, Bandal, Kalamu, Barumbu…ont été désillusionnés. Depuis le dépôt de leurs mises, la Rimmokin ne répond plus. 

Il faut rebâtir Kinshasa sinon…

            Après l’échec de l’expérience Rimmokin, l’administration urbaine devrait absolument réfléchir à un plan d’urbanisation de Kinshasa, lequel devrait permettre de fixer, dans la mesure du possible, chaque résident dans son milieu. Le Kinois ou la Kinoise habitant Maluku, Kinkole, Kimbanseke, Masina, Kisenso, Kindele, Malweka devrait cesser de venir chaque jour au centre de la ville rien que pour  s’acheter un poste de télévision, un pagne, une chemise, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes, une boîte de sardines, un téléphone portable, un bol de sel ou vendre des cacahuètes, des biscuits, des bananes, du pain, de l’eau en sachet, etc.

            L’urbanisation véritable de la ville devrait commencer par l’arrêt de l’anarchie foncière. Tous les chefs coutumiers, géomètres topographes, agents cadastraux et bourgmestres passés maîtres dans le lotissement anarchique des terrains devraient être neutralisés et sanctionnés. Si Kinshasa arrive à tordre le cou à l’anarchie foncière, la seconde étape serait la planification de la construction des logements sociaux dans des sites préalablement sélectionnés, désenclavés et dotés du minimum pour le quotidien de ses occupants.

            Il serait temps de penser à essaimer des infrastructures commerciales, hospitalières, scolaires, industrielles, récréatives du genre « Marché de la Liberté », Centre Commercial de Limete, Hôpital Biamba Marie Mutombo, Hôpital Sino-Congolais, Boulangerie UPAK, Théâtre des Intrigants, Centre Hospitalier Monkole, Stade Municipal de Masina…pour désengorger le centre de la ville.

            Si la périphérie de la ville continue de s’étendre tel que c’est le cas présentement, on va se retrouver de plus en plus avec des millions de citadins menant une vie comparable à celle des villageois.                                                     Kimp

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