2011 : les grandes incertitudes

Réputée année électorale, 2011 reste encore un gros trou noir dans la mémoire du commun des Congolais. Les élections auront-elles réellement lieu ? La question, maintes fois posée aux gouvernants, rencontre des réponses qui, au lieu de rassurer, ne font qu’accroître le doute. Même si le Chef de l’Etat, dans son discours-bilan des quatre premières années de la législature en cours, a martelé que le délai constitutionnel en la matière, devrait être respecté, certains paramètres ne poussent pas à l’optimisme.

    Plus on en parle, et davantage s’éloigne la perspective de leur matérialisation. L’impression du moment est que tous ceux qui se retrouvent dans les institutions de la République ont peur des élections. Gouvernants comme opposants parlementaires posent des actes qui ne vont pas dans le sens du respect du délai constitutionnel. La prolongation automatique de leurs mandats serait leur préoccupation majeure. Le processus électoral de 2011 fait du sur place.

    Tel est le cas de l’enrôlement des électeurs, qui se déroule dans une ambiance d’essais-erreurs. Au départ, la CEI (Commission Electorale Indépendante) s’était lancée dans une opération sélective de révision du fichier électoral à Kinshasa, en ne prenant en compte que les nouveaux majeurs, les omis de 2005 ainsi que les inscrits ayant perdu leurs anciennes cartes d’électeurs. Par après, c’était la remise en question avec la décision, jugée fort judicieuse, du ministère de l’Intérieur contraignant la même CEI à mettre au point un nouveau fichier électoral. On était rentré à la case départ. En conséquence, la ville de Kinshasa continue d’attendre l’identification et l’enrôlement de ses électeurs.

    Plusieurs provinces du pays, hormis le Bas-Congo, ne sont pas encore signalées dans le fichier électoral, dont on se demande s’il pourra être à jour avant septembre 2011, délai butoir et légal pour l’organisation de l’élection présidentielle. Au rythme où la CEI est en train de supprimer des centres d’inscription d’électeurs dans les territoires du Congo profond, provoquant au passage la colère des acteurs politiques d’entités ainsi préjudiciées, rien ne garantit l’émergence d’un corps électoral conforme à la taille démographique du pays et de ses circonscriptions électorales.

    S’agissant du Bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), la nouvelle institution d’appui à la démocratie appelée à remplacer la CEI, sa composition et son installation restent suspendues aux querelles de clocher entre l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) et l’opposition parlementaire. Ainsi qu’on le craignait, l’une et l’autre ont jeté leurs dévolus sur des politiciens de carrière et sur de faux activistes de la Société Civile dont les couleurs politiques sont connues de tout le monde.

Kabila, Tshisekedi, Kamerhe…

    Jusqu’en novembre 2010, Joseph Kabila paraissait sans adversaire de taille pour la présidentielle de 2011. La « mort » politique de Jean-Pierre Bemba, président national du MLC (Mouvement de Libération du Congo) détenu à La Haye et poursuivi par la CPI (Cour Pénale Internationale) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, semblait lui avoir ouvert un « boulevard » sur le chemin du « doublé ».

    Puis, début décembre, tout a basculé. La scène politique nationale a vu surgir deux redoutables challengers : Etienne Tshisekedi et Vital Kamerhe. La résurrection politique du président national de l’UDPS ainsi que la rupture du nouveau leader de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) d’avec la famille politique du Chef de l’Etat sont à retenir désormais au nombre des incertitudes de 2011. Ces deux personnalités, candidat déclaré et candidat potentiel à la course à la présidence de la République, ont complètement brouillé les cartes politiques.

    Leur entrée en scène va inévitablement modifier des alliances, au sein de la majorité au pouvoir comme dans les rangs de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire. Kabila, Tshisekedi et Kamerhe sont désormais perçus comme les principaux animateurs du suspense lors des élections générales de 2011.            

            Jacques Kimpozo

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