2011 : la bataille des bureaux d’inscription

   
Après le tollé suscité par le calendrier électoral publié par la Commission Electorale Indépendante (CEI) il y a quelques mois, en ce qu’il prolongeait de manière automatique les mandats des élus de 2006, le nouveau casus belli est là. Il s’agit des « bureaux d’inscription », que le même « pouvoir organisateur » des élections de 2011 se met à supprimer à la pelle dans certains territoires, pour des raisons peu évidentes. Le dernier cas en date est celui du territoire de Shabunda, dans le Sud-Kivu, où la cartographie électorale que vient de rendre publique la CEI fait état de la réduction drastique des bureaux d’inscription, qui viennent de passer de 76 en 2006 à 16 seulement en 2010. A ce propos, les députés nationaux originaires de ce territoire ont élevé la voix le week-end dernier, pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une manœuvre visant à ramener à la baisse le nombre des représentants de cette entité territoriale à l’Assemblée Nationale pour la législature de 2011à 2016.
 
    La bataille des bureaux d’inscription a commencé car chaque territoire sera représenté à la Chambre basse du Parlement au prorata de ses habitants en âge de voter et effectivement enrôlés par la Commission Electorale Indépendante. Concrètement, Shabunda devrait laisser plusieurs députés potentiels sur les carreaux, en raison de la chute libre que vient de connaître le nombre de ses bureaux d’inscription, de 76 à 16.

La CEI dans la logique de la complication

    Alors que l’on croyait la CEI inscrite dans la logique de la facilitation des opérations préélectorales, l’on constate plutôt qu’elle reste dans celle de la complication, comme en 2006. Réduire de moitié ou, pire, de 4/5 le nombre des bureaux d’inscription dans un territoire de Bas –Congo, du Bandundu, des deux Kasaï, du Katanga, du Maniema, du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, de la Province Orientale ou de l’Equateur, signifie priver des millions d’électeurs potentiels de leur droit civique consistant à participer aux scrutins de 2011.
Chacun peut en effet imaginer le malheureux sort de nombreux compatriotes du Congo profond, qui vont se trouver dans l’impossibilité de se faire enrôler, simplement parce qu’incapables de trouver un bureau d’inscription dans un rayon de 50 kilomètres, sinon plus. Dans ce pays aux dimensions « continentales », le grief principal que l’on a fait à la CEI en 2006 et que l’on réitère cette année est de ne pas placer les bureaux d’inscription à portée des citoyens majeurs.
    Ceux sont chaque fois découragés soit à cause de  l’éloignement des équipes d’enrôlement de leurs villages – cas des concitoyens de l’arrière-pays- soit de leur faible capacité d’accueil –  cas des habitants des villes. Dans l’un comme dans l’autre cas, la CEI donne l’impression de ne pas vouloir que le fichier électoral reprenne tous les ayants droit au vote.

En avant vers un « monstre » électoral

Comme en 2006, la République Démocratique du Congo risque de ressembler, en 2010, à un « monstre » électoral. La taille de son électorat ne va pas être proportionnelle à sa démographie, en raison de la nombreuse présence « d’exclus », délibérément « éliminés » du fichier électoral par la CEI. L’image des villages plus peuplés que certaines villes pourrait faire sourire de nouveau des millions de Congolais. Ce qui aurait pour conséquence que des territoires manifestement clairsemés en termes de populations aient une représentation plus forte à l’Assemblée nationale que ceux à forte démographie.
    Le déséquilibre qui prévaut au Parlement actuel, avec des territoires sous-peuplés, qui alignent un contingent de députés plus important que ceux démographiquement déficitaires, est à éviter car de nature à engendrer des frustrations au sein du corps électoral, sur l’ensemble du pays, et à constituer un frein à la cohésion nationale que l’on a du mal à refaire, voici des années.

…Et si l’on recensait…

    Tout le flou qu’entretient la Commission Electorale Indépendante au sujet de l’enrôlement des électeurs tient au fait qu’il n’existe pas, au pays, des statistiques démographiques fondées sur un recensement administratif ou scientifique des populations. En 2006, elle avait évoqué la pression du temps et de l’argent.
    De 2006 à 2010, quatre années viennent de s’écouler sans que le recensement, largement discuté en son temps au niveau du ministère du Plan, ne soit concrétisé. C’est dommage que la RDC ne puisse être en mesure de connaître le nombre exact de ses citoyens et se contente des chiffres approximatifs.

                                            Kimp

   

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