2011 : Cartes brouillées !

Alors que l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) coulait des jours tranquilles, cassant à la pelle motions de censure ou de défiance, questions orales et interpellations au niveau du Parlement, survolant sans dégâts ses crises internes, la routine vient d’être brutalement brisée, à 12 mois de l’expiration de la législature en cours. Tout vient de changer sur la scène politique nationale, au moment où on s’y attendait le moins. Deux personnalités politiques, à savoir Etienne Tshisekedi de l’UDPS (Union Pour la Démocratie et le Progrès Social) et Vital Kamerhe de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) sont en train de bouleverser l’ordre des données établies.
Les cartes sont dès lors fort brouillées au sujet des prétendants aux différents mandats électoraux à venir. Qu’il s’agisse des élections présidentielle, législatives (nationales et provinciales), sénatoriales, « gouvernorales », urbaines, municipales et locales, la bataille s’annoncé serrée aussi bien entre individus qu’entre partis et plates-formes politiques. Bien malin serait celui qui pourrait prédire la victoire électorale de quiconque.
On rappelle qu’Etienne Tshisekedi, candidat déclaré à la magistrature suprême du pays, a reçu, le mercredi 08 décembre 2010, un accueil monumental à son retour à Kinshasa et au pays, après trois années d’absence. Serait-ce possible d’ignorer un événement qui a fait bouger toute la capitale du matin jusqu’aux heures avancées de la nuit ? Qui peut se permettre de ne pas admettre que la circulation automobile et pédestre était paralysée dans sa partie Est, entre 14 heures et 21 heures, avec des répercussions insoupçonnées sur les mouvements des personnes et des biens ? Qui n’a pas vu des ménagères, des fonctionnaires, des ouvriers, des élèves, des étudiants, des « chailleurs », des propriétaires de véhicules abandonner ceux-ci à Matonge, Kalamu, Kasa-Vubu, Lingwala, Kinshasa, Barumbu, Kingabwa, Gombe, Bandal et se taper plusieurs kilomètres à pieds, sur le chemin du retour, pour tenter de joindre Lemba, Limete, Kingabwa, Matete, Ngaba, Mont-Ngafula, Livulu, Kindele, Ndjili, Masina, Kimbanseke, Mikondo, Mikonga? 
Quant à Vital Kamerhe, après avoir fait le « plein »le mardi 14 décembre 2010 au complexe GB, à l’occasion de la matinée politique de l’UNC, et connu des obstructions systématiques à toute tentative de prise de parole en public lors de son passage à Goma le mercredi 15 décembre 2010, il a mis la ville de Bukavu sens dessus dessous le jeudi 16 décembre 2010. Longue marche à pieds, bain de foule, meeting populaire fort bien suivi et réussi au marché Nyawera, là même où Mgr Munzihirwa avait été assassiné en 1996 par des soldats rwandais alliés de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), occupation de la Place de l’Indépendance par des hommes en uniforme pour l’empêcher de parler…sont autant de faits vécus par des milliers de compatriotes du chef-lieu du Sud Kivu.
Quant à sa sortie samedi à Walungu, le chef-lieu de son territoire d’origine, elle restera gravée dans les mémoires tant par l’affluence qu’elle a drainée que par la communion qui a régné entre l’orateur et le public.
Dire la vérité à l’« Autorité morale » de l’AMP
Compte tenu de son lourd agenda politique et diplomatique, l’ « Autorité morale » de l’AMP ne peut être partout pour suivre au quotidien les activités de ses adversaires politiques. Il a au moins la chance d’avoir des collaborateurs, au sein de son propre parti comme au niveau des partis alliés, qui ont la latitude de vivre « en live », ce qui se passe réellement sur la scène politique nationale. Le meilleur service à rendre à celui qui vise le « doublé » dès le premier tour de l’élection présidentielle serait de lui dire la vérité sur l’impact que produisent, sur les masses, les discours de ceux qui critiquent, de manière acerbe, ses quatre premières années de mandat à la tête du pays, et qui en appellent à l’alternance au pouvoir, pour construire un nouveau Congo, l’Etat de droit, la paix, la démocratie, la justice, le progrès social, l’unité nationale, la réconciliation nationale, la bonne gouvernance, etc.
Contrairement à ce que l’on pourrait raconter à Kabila, le Congolais moyen, qui se pose de tas de questions sur son sort et celui de son pays, est en train d’être renseigné sur l’Etat réel de la Nation. Un fonctionnaire mal payé et dans l’attente continuelle d’arriérés de salaires impayés, une Congolaise victime des viols impunis, un Kivutien vivant dans l’insécurité permanente, un étudiant sans bourse d’études, un professeur d’université et un médecins nourris de promesses non tenues de hausse de salaires, un paysan enclavé dans le fin fond de l’Equateur, un « shegué » abandonné par ses parents… ne sont-ils pas tentés de mordre aux appels du pied de ceux qui estiment que l’AMP devrait passer la main en 2011 ?
Joseph Kabila a intérêt à savoir que des millions de Congolais et de dizaines de politiciens adhèrent aux idées et projets de société dont se disent porteurs les nouveaux « sauveurs » du Congo, à Kinshasa comme en provinces. Tous ceux qui, civils comme militaires détenteurs des parcelles des pouvoirs, s’emploient à étouffer la vérité, n’ignorent pas que celle-ci risque de surprendre désagréablement. Si le Chef de l’Etat commet le terrible péché de croire que les autres ne comptent pas, qu’ils seraient rejetés par les masses, comme le laissent croire les interdictions et interférences diverses qui perturbent leurs contacts avec leurs « bases ». Ce serait suicidaire pour son avenir politique. Ces bases sont réelles et non fictives, différentes de celles que trimballent, dans leurs mallettes, plusieurs politiciens basés à Kinshasa et friands des images de télévision aux « champs » réduits à quelques cadres et militants figés sur des chaises en plastique.
Aucune personne au moins trentenaire ne peut ignorer, dans ce pays, la vaste comédie du MPR-Parti/Etat, que les flatteurs de Mobutu prétendaient être omniprésent dans toutes les maisons et chaumières du pays alors qu’en réalité, il n’était nulle part, même pas dans les résidences des « Mobutistes » eux-mêmes. L’illusion d’un soit-disant parti national s’est évanouie l’espace du matin du 24 avril 1990, avec la traversée de la rue en masse par des collaborateurs de feu le maréchal, pour l’opposition politique.
Ce serait malhonnête d’endormir Kabila par des mensonges, à 12 mois des consultations populaires, et de l’empêcher de réfléchir longuement et profondément aux nouvelles stratégies à mettre en place face au retour fracassant d’Etienne Tshisekedi sur la scène politique et à l’entrée en fanfare d’un dissident du PPRD, Vital Kamerhe, un tribun hors pair, maniant avec une facilité étonnante les quatre langues nationales.
Gare aux agences de sondages !
Le Phare avait affirmé et soutenait, tout récemment, que la République Démocratique du Congo souffrait d’un manque criant d’instituts sérieux de sondages, surtout en matière politique. Les rares « agences » qui prétendent se livrer à ce genre d’exercices font en réalité un travail d’apprenti, sans valeur scientifique. Le plus souvent, avions-nous relevé, ce sont les bailleurs de ces maisons de sondages qui « caracolent », selon l’expression consacrée, en tête, quand il s’agit de désigner la personnalité politique la plus populaire du mois ou de l’année. Les « meilleurs » sont presque toujours ceux qui mettent facilement la main à la poche : ministres, sénateurs, députés, managers d’entreprises privées ou publiques, gouverneurs de provinces, etc.
Il y a peu, les médias congolais ont eu droit à deux sondages contradictoires, au point que des confrères se sont copieusement insultés à travers leurs organes, car convaincus que la vérité se trouvait du côté de chacun.
Jacques KIMP

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