16 février 1992: Mobutu K.O. debout !

Le maréchal Mobutu Sese Seko, fin politicien et dictateur soucieux de revêtir la peau de démocrate, pensait mettre définitivement une croix sur la Conférence Nationale Souveraine, après sa fermeture « avec force » par son Premier ministre, Jean de Dieu Nguz a Karl i Bond. Aussi, à l’annonce de la marche des chrétiens planifiée par des laïcs catholiques, il était loin de se douter de l’effet de boomerang qu’allait provoquer la répression sanglante orchestrée par sa garde prétorienne, la DSP (Division Spéciale Présidentielle), avec le concours de la Garde Civile.

La présence, dans les rues de Kinshasa, des milliers de chrétiens et d’autres patriotes engagés dans le combat du changement radical, libérés du sentiment de la peur des balles, des grenades lacrymogènes et autres matraques, coups de baïonnettes et de crosses, était le signe annonciateur du début de la fin d’un règne.

 

Le massacre des étudiants de Lubumbashi, en mai 1990, avait déjà fortement secoué le bunker de la dictature mobutienne. Mais, il avait repris du poil de la bête, car innocenté par les témoignages de ses taupes lovées dans l’opposition, dont Nguz, qui avait soutenu l’existence du charnier après avoir perdu ses privilèges de membre de la Nomenklatura du MPR Parti-Etat, avant de se rebiffer, dès son retour aux affaires et une rupture tonitruante avec l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale (Usor).
Mobutu était visiblement K.O. debout, tant le sang des martyrs de la démocratie, tombés le dimanche 16 février 1992, avait suscité colère et indignation dans les milieux diplomatiques, économiques et financiers, au pays comme à l’étranger. Déjà mis au banc de la communauté internationale au lendemain des événements de l’Université de Lubumbashi, le dictateur était davantage isolé.
Ici au pays, les « forces acquises au changement » avaient franchi un pas décisif dans la voie de la libération pacifique du peuple, ainsi que le prônaient les apôtres de la non-violence présents aux avants-postes de l’opposition politique, dont l’un des plus crédibles et des plus constants s’appelait Etienne Tshisekedi. De 1992 à 1997, le maréchal Mobutu a entamé une longue descente aux enfers, vomi par une opinion publique qui n’en voulait plus, même au sein de son armée et de sa gendarmerie, où les épaules galonnées étaient fatiguées de porter à bout de bras un régime de prédation, de corruption, des injustices, de terrorisme, de tribalisme, de clanisme, de clientélisme politique, etc.

Le sang des martyrs souillé ?
18 ans après le sacrifice du sang consenti par des milliers de héros de l’ombre, l’on se demande si ceux qui ont tiré grand profit de cette révolte populaire, en se hissant aux postes de gestion de la République, de 1992 jusqu’à ce jour pour certains, se souviennent encore de ces compatriotes reposant dans l’au-delà. A considérer l’effritement de l’enthousiasme vécu lors de toutes premières célébrations du 16 février 1992, l’on est tenté de croire que certains compatriotes, bien servis par ce tremplin inattendu, ne veulent plus que leur soit rappelé un souvenir de nature à faire ombrage à leur ascension politique.
Chaque fois que ressurgit la proposition d’ériger le 16 février en journée fériée, il se remarque des bouderies dans plusieurs cercles politiques, surtout parmi les architectes encore survivants de ce grand tournant de l’histoire nationale. L’histoire reste l’histoire et tout le monde conviendra qu’avant d’être chassé par l’Afdl le 17 mai 1997, le maréchal Mobutu avait été mis K.O. débout en 1992.                       

Kimp.

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